- Parce qu’au-delà des problèmes économico-politiques, auxquels les ramènent à la fois la vulgate marxiste et la vulgate libérale, on voit bien que la question des identités traverse les siècles, les modes de vie, les bouleversements géopolitiques, les changements économiques. Et que ni le citoyennisme mondial, ni l’anti-mondialisme économiciste, ni le tiers-mondisme, toutes attitudes issues de la condescendance occidentale (ignorante de la réalité culturelle profonde de ces régions du monde « où on se bat encore pour des idées religieuses ou des affaires de traditions locales ») toutes idéologies issues de notre universalisme abstrait, ne pourront régler ces problèmes. D’autant que nous les connaissons nous-mêmes, bien qu’à une autre échelle (Irlande, Pays Basque, Corse, Kosovo, etc.) ;

Seule une Déclaration Universelle des Devoirs envers les Langues et les Cultures qui :
- organiserait un débat planétaire où toutes les communautés linguistico-culturelles du monde seraient convoquées, afin que toutes les questions soient passées au crible de chaque culture (chaque religion, chaque tradition…) ;
- de ce fait, ne réduirait pas la question au strict problème des langues, et, qui pis est, aux langues comme outils de communication, mais envisagerait le problème du langage lui-même, et de son rapport avec la pensée, et donc avec les pensées des différentes civilisations ;

Seule une telle déclaration pourra venir compléter la Déclaration des Droits de l’Homme.
Viendra.
C’est à vivre cette aventure que nous convions tous les pionniers de la pensée et de l’action d’aujourd’hui.

Loin de toutes les idéologies pleines de réponses déjà élaborées, loin de tous les utopismes et de leurs systèmes clos, se tenant à l’écart de tous les pseudo « porte-paroles » des peuples (que les peuples parlent eux-mêmes !), à l’opposé de la mystique « alter-mondialiste » (en disant qu’ « un autre monde est possible » elle accepte implicitement l’idée qu’un monde UN existe déjà, ce qui nie la pluralité bien réelle d’aujourd’hui, et elle nous propose un autre monde un pour demain, alors que ce que veulent les peuples, ce sont la reconnaissance de tous leurs mondes déjà existants), cette aventure exige que les valeurs universelles soient inventées à l’intérieur de chaque culture, chacune en confrontation avec toutes les autres.

Un formidable voyage, qui sera toujours à approfondir, dans l’imagination humaine sous toutes ses formes, ses rêves, ses réalisations. La plus grande entreprise à la fois intellectuelle, éthique et politique qui puisse se concevoir. Où chaque être humain a son rôle.

Carrefour culturel Arnaud-Bernard
Toulouse, Forom des langues du Monde, mai 2000