{"id":293,"date":"2009-04-04T16:15:11","date_gmt":"2009-04-04T14:15:11","guid":{"rendered":"https:\/\/www.declaration-langues-langage.net\/?p=293"},"modified":"2022-05-05T09:49:30","modified_gmt":"2022-05-05T07:49:30","slug":"la-declaration","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.declaration-langues-langage.net\/index.php\/2009\/04\/04\/la-declaration\/","title":{"rendered":"La D\u00e9claration"},"content":{"rendered":"\t\t<div data-elementor-type=\"wp-post\" data-elementor-id=\"293\" class=\"elementor elementor-293\">\n\t\t\t\t\t\t<section class=\"elementor-section elementor-top-section elementor-element elementor-element-515daca elementor-section-boxed elementor-section-height-default elementor-section-height-default\" data-id=\"515daca\" data-element_type=\"section\" data-e-type=\"section\">\n\t\t\t\t\t\t<div class=\"elementor-container elementor-column-gap-default\">\n\t\t\t\t\t<div class=\"elementor-column elementor-col-100 elementor-top-column elementor-element elementor-element-4265c20d\" data-id=\"4265c20d\" data-element_type=\"column\" data-e-type=\"column\">\n\t\t\t<div class=\"elementor-widget-wrap elementor-element-populated\">\n\t\t\t\t\t\t<div class=\"elementor-element elementor-element-55230f16 elementor-widget elementor-widget-text-editor\" data-id=\"55230f16\" data-element_type=\"widget\" data-e-type=\"widget\" data-widget_type=\"text-editor.default\">\n\t\t\t\t<div class=\"elementor-widget-container\">\n\t\t\t\t\t\t\t\t\t<p><\/p>\n<p><strong>Art. 1<\/strong> Il y a d&rsquo;abord une sp\u00e9cificit\u00e9 \u00e0 reconna\u00eetre aux choses du langage. Cette sp\u00e9cificit\u00e9 fait qu&rsquo;on ne saurait simplement reporter sur ces questions le calque des d\u00e9clarations connues sur les droits des \u00eatres<br>humains et des collectivit\u00e9s.<\/p>\n<p>Se prononcer sur des droits suppose aussi de se prononcer sur des devoirs. L&rsquo;un et l&rsquo;autre pr\u00e9suppose une pens\u00e9e de ce que sont et de ce que font les langues. Mais cette pens\u00e9e semble plus active, envisag\u00e9e en<br>termes de devoirs.<\/p>\n<p>La sp\u00e9cificit\u00e9 des choses du langage suppose elle-m\u00eame une pens\u00e9e sp\u00e9cifique. Pour tenir tous les \u00e9l\u00e9ments que cette pens\u00e9e suppose il est n\u00e9cessaire de postuler que cette pens\u00e9e doit \u00eatre une critique<br>perp\u00e9tuelle de sa propre histoire, sous peine de ne pas penser son objet, mais de s&rsquo;identifier \u00e0 telle ou telle id\u00e9e re\u00e7ue concernant les langues et la langue.<\/p>\n<p>La premi\u00e8re chose \u00e0 reconna\u00eetre est que penser les langues suppose de penser ce qu&rsquo;est une langue, ce qu&rsquo;est la langue, et en quoi consiste historiquement et dans son \u00e9tat pr\u00e9sent la pens\u00e9e de la langue.<br>Penser la langue soit se borne \u00e0 ne concevoir que la langue, que de la langue, et la cons\u00e9quence en est l&rsquo;isolement de la langue hors des pratiques sociales du langage dans toute leur diversit\u00e9, ce qui est<br>certainement la plus mauvaise situation qu&rsquo;on puisse concevoir pour savoir ce qu&rsquo;est et ce que fait une langue, et pour la d\u00e9fendre.<\/p>\n<p><strong>Art. 2<\/strong> Il s&rsquo;impose donc de se repr\u00e9senter que pour d\u00e9fendre une langue, et savoir pr\u00e9alablement les imites de ce que signifie la notion de langue elle-m\u00eame, il faut une th\u00e9orie d&rsquo;ensemble du langage.<\/p>\n<p>En quoi il y a \u00e0 r\u00e9fl\u00e9chir autrement que selon le pur mod\u00e8le institutionnel que propose la \u00abD\u00e9claration universelle des droits linguistiques\u00bb de Barcelone, de juin 1996, qui ne porte que sur les langues, et montre<br>par l\u00e0 les limites de sa pens\u00e9e du langage.<\/p>\n<p>Une telle th\u00e9orie d&rsquo;ensemble implique une r\u00e9flexion sur les r\u00f4les, les activit\u00e9s et les forces du langage dans toutes les pratiques sociales \u2013 une th\u00e9orie des rapports entre la langue et le discours, entre la notion de<br>discours et une th\u00e9orie des sujets, entre une th\u00e9orie des sujets et l&rsquo;art, l&rsquo;\u00e9thique, le politique, car c&rsquo;est tout cela qu&rsquo;implique la notion de sujet.<br>La langue n&rsquo;est donc pas l&rsquo;affaire des linguistes seuls, ni des politiques seuls. L&rsquo;histoire de la politique des langues n&rsquo;est pas seulement une histoire politique. Elle inclut des \u00e9l\u00e9ments qui tiennent aussi \u00e0 l&rsquo;art, \u00e0<br>l&rsquo;\u00e9thique, \u00e0 l&rsquo;histoire sociale. Penser la politique des langues suppose donc cette th\u00e9orie d&rsquo;ensemble, cette&nbsp; tenue ins\u00e9parable du langage, de l&rsquo;art, de l&rsquo;\u00e9thique et du politique pour penser les rapports entre langage et<br>soci\u00e9t\u00e9. Sinon on reste ou on retombe dans une pens\u00e9e de la langue seule, et de la politique seule, ce qui imm\u00e9diatement m\u00e8ne \u00e0 m\u00e9conna\u00eetre le r\u00f4le de l&rsquo;art dans la soci\u00e9t\u00e9, le r\u00f4le de l&rsquo;\u00e9thique dans la politique,<br>donc \u00e0 m\u00e9conna\u00eetre la libert\u00e9 des sujets.<\/p>\n<p><strong>Art. 3<\/strong> Tenir ensemble une pens\u00e9e du langage et des sujets doit pour cela travailler \u00e0 une critique de l&rsquo;opposition entre identit\u00e9 et alt\u00e9rit\u00e9, pour penser au contraire l&rsquo;interaction historique constante entre identit\u00e9<br>et alt\u00e9rit\u00e9.<\/p>\n<p>Penser la pluralit\u00e9 des langues et l&rsquo;interaction entre les langues suppose donc de penser l&rsquo;identit\u00e9 par<br>l&rsquo;alt\u00e9rit\u00e9.<\/p>\n<p><strong>Art. 4<\/strong> Pour penser l&rsquo;identit\u00e9 par l&rsquo;alt\u00e9rit\u00e9, il est indispensable de penser l&rsquo;action des arts du langage particuli\u00e8rement, et de l&rsquo;art plus g\u00e9n\u00e9ralement, sur les transformations des modes de pens\u00e9e, de sensibilit\u00e9 et de compr\u00e9hension, donc sur la pens\u00e9e du langage et des langues.<\/p>\n<p><strong>Art. 5<\/strong> O\u00f9 il importe de reconna\u00eetre un r\u00f4le privil\u00e9gi\u00e9 aux pratiques et \u00e0 la pens\u00e9e du traduire, ce qui impose \u00e0 son tour de repenser le traduire en fonction d&rsquo;une reconnaissance des arts de la pens\u00e9e, et non plus seulement comme un passage de langue \u00e0 langue, mais de discours \u00e0 discours, et \u00e9ventuellement de syst\u00e8me de discours \u00e0 syst\u00e8me de discours. Sinon, c&rsquo;est la m\u00e9connaissance habituelle, masqu\u00e9e par la<br>bonne conscience des truismes accomplis, et qui ne voit pas que les traductions sont des effa\u00e7antes.<\/p>\n<p>Effa\u00e7antes des cultures, effa\u00e7antes des sp\u00e9cificit\u00e9s, effa\u00e7antes des diff\u00e9rences.<\/p>\n<p>Ce qui suppose \u00e0 son tour qu&rsquo;une th\u00e9orie du traduire ne peut pas plus \u00eatre isol\u00e9e et pr\u00e9tendument autonome que la th\u00e9orie du langage n&rsquo;est r\u00e9ductible \u00e0 la seule notion de langue. Cette pr\u00e9tendue autonomie n&rsquo;\u00e9tant<br>rien d&rsquo;autre que sa situation traditionnelle dans l&rsquo;herm\u00e9neutique, le sens, le signe. D&rsquo;o\u00f9 l&rsquo;effa\u00e7ante.<\/p>\n<p><strong>Art. 6<\/strong> En quoi il y a lieu de reconna\u00eetre aussi qu&rsquo;un ennemi des langues, et peut-\u00eatre le premier ennemi des langues, n&rsquo;est pas l&rsquo;h\u00e9g\u00e9monie culturelle-\u00e9conomique-politique de telle ou telle langue, mais d&rsquo;abord la<br>pens\u00e9e qui r\u00e9duit le langage \u00e0 la langue, et qui s\u00e9pare la langue de l&rsquo;art, de la culture, de la soci\u00e9t\u00e9, de l&rsquo;\u00e9thique et du politique pour ne l&rsquo;envisager que dans son isolement \u2013 ind\u00e9pendamment de l&rsquo;\u00e9tude technique<br>de ses fonctionnements qui, en tant que telle, a sa l\u00e9gitimit\u00e9 dans son objet m\u00eame, \u00e0 condition d&rsquo;en reconna\u00eetre les limites.<\/p>\n<p><strong>Art. 7<\/strong> La reconnaissance de l&rsquo;identit\u00e9 par l&rsquo;alt\u00e9rit\u00e9 suppose celle de l&rsquo;identit\u00e9 comme pluralit\u00e9 interne et<br>comme histoire, non comme nature.<\/p>\n<p><strong>Art. 8<\/strong> A partir de l\u00e0, il y a \u00e0 proposer un enseignement qui n&rsquo;existe pas (et \u00e0 le pr\u00e9voir \u00e0 tous les niveaux, comme un nouvelle forme d&rsquo;\u00e9ducation civique), de la th\u00e9orie du langage comme reconnaissance des rapports entre identit\u00e9 et alt\u00e9rit\u00e9, entre unicit\u00e9 et pluralit\u00e9 interne, c&rsquo;est-\u00e0-dire comme une po\u00e9tique, une \u00e9thique et une politique des rapports interindividuels, interculturels et internationaux. O\u00f9 po\u00e9tique, \u00e9thique et<br>politique doivent \u00eatre ins\u00e9parables, sous peine de retomber dans le mod\u00e8le traditionnel. Avec son insuffisance, que beaucoup ne voient pas, et dont il faut faire prendre conscience.<\/p>\n<p><strong>Art. 9<\/strong> Cet enseignement de la th\u00e9orie du langage comme th\u00e9orie d&rsquo;ensemble doit donc travailler \u00e0 reconna\u00eetre, sous le mod\u00e8le traditionnel et dominant du signe (avec toute sa coh\u00e9rence linguistique,<br>anthropologique, philosophique, th\u00e9ologique, sociale et politique) le travail du continu comme travail du corps dans le langage, du sujet sur la langue, des inventions de la pens\u00e9e sur les langues, et comme<br>interaction, ins\u00e9parabilit\u00e9 et historicit\u00e9 radicale du langage, de l&rsquo;art, de l&rsquo;\u00e9thique et du politique.<\/p>\n<p>Cette exp\u00e9rience de pens\u00e9e permettrait de mieux situer les probl\u00e8mes li\u00e9s \u00e0 l&rsquo;alt\u00e9rit\u00e9 et \u00e0 la pluralit\u00e9, commun\u00e9ment con\u00e7ues comme uniquement externes, et de les montrer autant internes qu&rsquo;externes.<\/p>\n<p><strong>Art. 10<\/strong> Contre la coh\u00e9rence r\u00e9gnante du signe et de la seule pens\u00e9e de la langue, il y aurait \u00e0 penser, reconna\u00eetre, enseigner et cultiver une contre-culture, une contre-coh\u00e9rence, celle de cette solidarit\u00e9 et interaction entre les cat\u00e9gories de la Raison que toute une histoire de la pens\u00e9e continue de tenir pour h\u00e9t\u00e9rog\u00e8nes et s\u00e9par\u00e9es, ce dont t\u00e9moignent \u00e0 la fois l&rsquo;histoire m\u00eame de la constitution de ce que nous appelons les sciences humaines, et nos disciplines universitaires, qui en sont issues. Une v\u00e9ritable critique de la Raison linguistique.<br>On pourrait, et on devrait, alors, mieux comprendre et favoriser les bilinguismes et les plurilinguismes, selon chaque situation culturelle, en les situant dans une pens\u00e9e de la pluralit\u00e9 interne, de l&rsquo;\u00e9thique et de la<br>politique des sujets. Ce que la seule juxtaposition des langues ne permet pas de penser.<\/p>\n<p><strong>Art. 11<\/strong> Car si la reconnaissance de la pluralit\u00e9 des langues ne se fait que dans la politique du signe, au lieu de se faire dans la th\u00e9orie d&rsquo;ensemble du langage, elle ne peut que demeurer dans l&rsquo;opposition entre identit\u00e9<br>et alt\u00e9rit\u00e9, dans l&rsquo;\u00e9crasement des minorit\u00e9s par la seule force de l&rsquo;\u00e9conomico-politique. \u00c9crasement qui favorise les terrorismes particularistes.<\/p>\n<p>Il vaudrait donc mieux parler de langues-cultures que de langues, pour mieux concevoir et pr\u00e9server les valeurs qui se sont invent\u00e9es en elles et dont elles sont porteuses \u2013 valeurs anthropologiques, artistiques,<br>\u00e9thiques et politiques.<\/p>\n<p><strong>Art. 12<\/strong> La question des valeurs implique de d\u00e9m\u00ealer ce que brouille la notion d&rsquo;in\u00e9galit\u00e9 des langues. Et qu&rsquo;il importe d&rsquo;affronter, plut\u00f4t que de postuler dans l&rsquo;abstrait seulement (le \u00abd\u00e9mocrate abstrait\u00bb de Sartre)<br>l&rsquo;\u00e9galit\u00e9 des langues entre elles.<\/p>\n<p><strong>Art. 13<\/strong> Il est incontestable que toutes les langues, y compris celles qui sont parl\u00e9es par une population peu nombreuse et tr\u00e8s localis\u00e9e, comme tout ce qui a trait \u00e0 ce qui fait une langue, sont \u00e9gales entre elles au<br>sens o\u00f9 toute langue remplit int\u00e9gralement les fonctions linguistiques d&rsquo;une langue, pour penser, sentir, communiquer, vivre dans une soci\u00e9t\u00e9 donn\u00e9e.<\/p>\n<p><strong>Art. 14<\/strong> Mais deux facteurs viennent brouiller cette notion primordiale de l&rsquo;\u00e9galit\u00e9 anthropologique des langues. Et ces deux facteurs sont d&rsquo;ordres radicalement distincts, qu&rsquo;il importe de ne pas confondre, et qui<br>ne s&rsquo;additionnent pas.<\/p>\n<p><strong>Art. 15<\/strong> L&rsquo;un est la puissance \u00e9conomico-politique d&rsquo;un ensemble national, ou th\u00e9ologico-politique, et qui s&rsquo;impose comme une trans-langue de communication pan-nationale ou internationale. Ainsi, comme<br>puissance th\u00e9ologico-politique, l&rsquo;arabe en \u00c9gypte a au cours des si\u00e8cles \u00e9touff\u00e9 ou interdit la langue copte comme langue v\u00e9hiculaire, en la r\u00e9duisant \u00e0 un usage purement liturgique. L&rsquo;\u00e9conomico-politique est<br>aujourd&rsquo;hui repr\u00e9sent\u00e9 par la mondialisation de l&rsquo;anglais de communication.<\/p>\n<p><strong>Art. 16<\/strong> Mais un autre facteur de supr\u00e9matie culturelle et d&rsquo;expansionnisme, ou de dur\u00e9e au-del\u00e0 m\u00eame de la dur\u00e9e des empires, est l&rsquo;invention dans telle ou telle langue de valeurs artistiques, \u00e9thiques et politiques.<\/p>\n<p>Auquel cas ce sont ces valeurs qui font l&rsquo;expansion et le prestige de ces langues, au-del\u00e0 de toute notion de communication linguistique, locale, r\u00e9gionale ou plan\u00e9taire.<\/p>\n<p><strong>Art. 17<\/strong> Ce sont alors ces valeurs qui font ce que sont ces langues, ce sont les \u0153uvres qui sont maternelles et non plus les langues. Ce fait en lui-m\u00eame est tout aussi incontestable historiquement, mais il n&rsquo;a rien de<br>commun ni avec ce qu&rsquo;est et ce que fait linguistiquement une langue et toute langue, ni avec la puissance des empires \u00e9conomico-politiques. Il importe de cesser d&rsquo;attribuer aux langues ce qui est le fait des \u0153uvres,<br>m\u00eame et justement si leurs valeurs constituent un apport sp\u00e9cifique \u00e0 telle ou telle langue, au point d&rsquo;y \u00eatre identifi\u00e9es.<\/p>\n<p><strong>Art. 18<\/strong> De telles valeurs peuvent s&rsquo;universaliser. Les valeurs politiques de la D\u00e9claration des Droits de l&rsquo;Homme de 1789, ou de la lutte pour la v\u00e9rit\u00e9 contre le maintien de l&rsquo;ordre lors de l&rsquo;Affaire Dreyfus ont bien \u00e0<br>la fois symbolis\u00e9 et universalis\u00e9 la langue fran\u00e7aise, mais en m\u00eame temps elles ne sont pas le fait de la langue fran\u00e7aise, et peuvent se dire et refaire en toute langue et en tout lieu.<br>19Il en est de m\u00eame, autrement, des valeurs esth\u00e9tiques et \u00e9thiques des \u0153uvres litt\u00e9raires et des \u0153uvres de pens\u00e9e. Qui ont pour effet que certaines langues sont plus c\u00e9l\u00e8bres que d&rsquo;autres, \u00e0 la fois porteuses et port\u00e9es par ces valeurs.<\/p>\n<p><strong>Art. 20<\/strong> Ces effets de supr\u00e9matie ne deviennent l&rsquo;occasion d&rsquo;une id\u00e9e de la sup\u00e9riorit\u00e9 de certaines langues que dans et par la confusion entre la langue et les inventions de pens\u00e9e ou les combats de la pens\u00e9e qui ont fait telle ou telle culture. Ces valeurs ne d\u00e9pendent pas des langues comme langues. Mais l&rsquo;histoire culturelle qui les y associe in\u00e9vitablement ne permet pas \u00e0 elle seule de reconna\u00eetre que ce sont les \u0153uvres et les luttes, parfois d&rsquo;un tr\u00e8s petit nombre d&rsquo;individus contre leur propre collectivit\u00e9, qui font qu&rsquo;on attribue \u00e0 la langue ce qui s&rsquo;est fait en elle et parfois aussi, po\u00e9tiquement, contre elle. Dans le rejet des contemporains.<br>Art. 21 Ces distinctions sont capitales pour ne pas attribuer \u00e0 une langue des vertus de nature, ce qui situe le mythe du g\u00e9nie des langues. Mais tout autant pour ne pas r\u00e9duire le langage \u00e0 de la langue, et encore<br>moins \u00e0 de la communication. Tendance r\u00e9cente contre laquelle il importe de lutter.<br>A cause de l&rsquo;appauvrissement de pens\u00e9e, de moyens, que ce r\u00e9ductionnisme apporte, et que renforcent les progr\u00e8s techniques de la communication. En masquant que ces progr\u00e8s m\u00eames sont un facteur de r\u00e9gression et de barbarie.<br>La pens\u00e9e du langage comme th\u00e9orie d&rsquo;ensemble est ce qui peut seul permettre de contrer les effets pervers de la pens\u00e9e des langues comme nature \u2013 comme g\u00e9nie, par le rappel constant des liens entre sp\u00e9cificit\u00e9 et historicit\u00e9. Historicit\u00e9 radicale.<br>Art. 22 Ainsi la phobie de l&rsquo;anglais en fran\u00e7ais peut mieux apparaitre comme une m\u00e9connaissance du caract\u00e8re historique des emprunts, et de leurs limites, lexicales et syntaxiques. La m\u00e9connaissance de ce caract\u00e8re fait le rejet des emprunts et des contacts au nom d&rsquo;un purisme qui implique \u00e0 la fois une m\u00e9connaissance de l&rsquo;histoire m\u00eame des langues, un pass\u00e9isme, donc un acad\u00e9misme, une notion du d\u00e9clin (variable : pour Gobineau, le d\u00e9clin du fran\u00e7ais commen\u00e7ait au XIVe si\u00e8cle ; pour d&rsquo;autres, au XIXe si\u00e8cle ; pour d&rsquo;autres, le fran\u00e7ais d&rsquo;aujourd&rsquo;hui est un \u00abchef d&rsquo;\u0153uvre en p\u00e9ril\u00bb dont ils ne cessent d&rsquo;annoncer la mort).<\/p>\n<p><strong>Art. 23<\/strong> Autre chose que cette phobie puriste est la l\u00e2chet\u00e9 \u00e9thique et politique qui fait que des sp\u00e9cialistes renoncent \u00e0 s&rsquo;exprimer dans leur propre langue, et contribuent par l\u00e0 \u00e0 la massification communicationnaliste.<br>L&rsquo;attribution \u00e0 la langue seule des vertus li\u00e9es \u00e0 une histoire \u00e0 la fois se trompe de g\u00e9nie et montre du m\u00eame coup combien ont peu de g\u00e9nie, et de sens du langage, les pseudo-d\u00e9fenseurs du fran\u00e7ais.<\/p>\n<p><strong>Art. 24<\/strong> Du point de vue d&rsquo;une th\u00e9orie d&rsquo;ensemble, on peut au contraire remarquer deux choses.<br>L&rsquo;une est que le plus grand danger pour une langue n&rsquo;est pas l&rsquo;h\u00e9g\u00e9monie d&rsquo;une autre, m\u00eame et encore davantage si cette h\u00e9g\u00e9monie est seulement \u00e9conomico-politique, le danger majeur (cons\u00e9quence de la r\u00e9duction du langage \u00e0 la langue) est l&rsquo;absence de cr\u00e9ation de valeurs (artistiques, \u00e9thiques, politiques) par ceux qui la parlent. Absence de cr\u00e9ation \u00e9gale trahison.<\/p>\n<p>Le grec classique et l&rsquo;h\u00e9breu biblique sont l&rsquo;exemple m\u00eame que des langues dont l&rsquo;une, l&rsquo;h\u00e9breu, n&rsquo;a jamais eu d&rsquo;importance politique, et l&rsquo;autre dont l&rsquo;importance n&rsquo;a pas surv\u00e9cu \u00e0 l&#8217;empire d&rsquo;Alexandre, n&rsquo;ont eu et n&rsquo;ont encore leur importance transhistorique que par les \u0153uvres de pens\u00e9e qui ont \u00e9t\u00e9 produites dans ces langues. Et ce sont les \u0153uvres, les inventions de pens\u00e9e, qui ont fait ce que ces langues sont devenues, ce dont elles sont devenues porteuses. Car ce n&rsquo;est pas les langues, en tant que langues, qui ont produit les \u0153uvres. Et m\u00eame quand l&rsquo;\u00e9tat de langue est ancien, ou que la langue passe pour morte, comme le latin, la parole, elle, est vivante.<\/p>\n<p>Ainsi le latin qu&rsquo;on dit mort au XVIIe si\u00e8cle, et langue seulement des \u00e9rudits entre eux (et les th\u00e8ses au XIXe si\u00e8cle s&rsquo;\u00e9crivaient encore en latin, celle de Jaur\u00e8s, par exemple), on ne peut pas dire que c&rsquo;est une langue morte (banalit\u00e9 apparente que reprend pourtant un ouvrage r\u00e9cent, Le latin ou l&#8217;empire d&rsquo;un signe, XVI-XXe si\u00e8cle, de Fran\u00e7oise Waquet, Albin Michel, 1998), si Francis Bacon, Hobbes, Descartes, Spinoza, Leibniz inventent de la pens\u00e9e, inventent leur pens\u00e9e, alors, en latin.<br>Mais l&rsquo;aram\u00e9en, qui avait \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque post-biblique une importance communicationnelle transnationale, n&rsquo;existe plus que dans quelques villages. Quant aux grands empires d&rsquo;alors, ils n&rsquo;ont laiss\u00e9 que des vestiges arch\u00e9ologiques.<\/p>\n<p><strong>Art. 25<\/strong> Il faut reconna\u00eetre une historicit\u00e9 du sentiment des rapports entre les langues. Ainsi il y a une paix des langues vernaculaires au moyen \u00e2ge, en Europe, dans la transnationalit\u00e9 du latin. Puis une guerre des langues contre le latin, ensuite entre elles en Europe \u00e0 partir du XVIe si\u00e8cle. D&rsquo;o\u00f9 est sortie l&rsquo;universalit\u00e9 du fran\u00e7ais en Europe au XVIIIe si\u00e8cle. D&rsquo;o\u00f9 la lutte de la R\u00e9volution fran\u00e7aise contre les \u00ab patois \u00bb (m\u00ealant indistinctement les dialectes du fran\u00e7ais et les autres langues \u2013 le breton, le basque) jusque dans la IIIe<br>R\u00e9publique. Quant \u00e0 la francophonie actuelle, ou multiplicit\u00e9 des fran\u00e7ais dans le monde, elle n&rsquo;est plus compatible avec Rivarol. Cela aussi demande \u00e0 \u00eatre pens\u00e9.<\/p>\n<p><strong>Art. 26<\/strong> Il est certain que le sens de la pluralit\u00e9 interne (et aussi externe) \u2013 le sens au sens du sentiment d&rsquo;une n\u00e9cessit\u00e9 et d&rsquo;une co-pr\u00e9sence \u2013 est r\u00e9cent, et certainement li\u00e9 \u00e0 l&rsquo;histoire des d\u00e9colonisations, mais aussi il remonte aux rapports entre le romantisme des sp\u00e9cificit\u00e9s et les nationalismes qui en sont la politisation.<\/p>\n<p>27Cependant ce sens de la pluralit\u00e9 peut lui-m\u00eame \u00eatre soit r\u00e9gionaliste et nationaliste, referm\u00e9 sur luim\u00eame (et reproduisant \u00e0 plus petite \u00e9chelle la fermeture de la pens\u00e9e de la langue), soit pluraliste, c&rsquo;est-\u00e0dire se r\u00e9aliser comme la reconnaissance des pluralit\u00e9s internes, et de la pluralit\u00e9 de l&rsquo;identit\u00e9. Capable alors d&rsquo;une th\u00e9orie d&rsquo;ensemble.<\/p>\n<p><strong>Art. 28<\/strong> Du moment qu&rsquo;on reconnait que la disparition d&rsquo;une langue peut \u00eatre due soit \u00e0 la destruction d&rsquo;une population, soit \u00e0 un \u00e9crasement culturel, il est clair que la d\u00e9fense des langues n&rsquo;est pas un probl\u00e8me de langue, mais n\u00e9cessairement la reconnaissance de l&rsquo;interaction entre la th\u00e9orie du langage, la th\u00e9orie des actes de la pens\u00e9e, l&rsquo;\u00e9thique et la politique.<\/p>\n<p><strong>Art. 29<\/strong> Faute de quoi, ce qui r\u00e8gne \u00e9tant l&rsquo;h\u00e9t\u00e9rog\u00e9n\u00e9it\u00e9 des cat\u00e9gories de la raison, l&rsquo;\u00e9thique seule est impuissante, la politique seule est toute puissante, les choses de l&rsquo;art ne sont pas comprises comme la meilleure d\u00e9fense des langues, et les langues \u00e9tant r\u00e9duites \u00e0 des moyens de communication, seules se r\u00e9pandent et \u00e9touffent les autres les langues qui communiquent le pouvoir \u00e9conomico-politique.<\/p>\n<p><strong>Art. 30<\/strong> Conclusion paradoxale \u2013 mais le travail de la pens\u00e9e est de transformer les paradoxes en truismes du futur \u2013 ce qui ressort de cet enchainement des raisons est que la d\u00e9fense des langues n&rsquo;est pas dans la<br>pens\u00e9e de la langue, mais dans le lien qui en fait encore l&rsquo;utopie de la pens\u00e9e du langage, le lien entre langage, art, \u00e9thique et politique comme th\u00e9orie d&rsquo;ensemble. C&rsquo;est-\u00e0-dire un enseignement obligatoire du<br>sens du langage.<\/p>\n<p>Texte propos\u00e9 au Forom des langues le 28 mai 2006, Place du Capitole \u00e0 Toulouse, par Henri Meschonnic,<br>Professeur \u00e9m\u00e9rite de linguistique \u00e0 l&rsquo;Universit\u00e9 Paris-8, po\u00e8te, traducteur de la Bible, essayiste.<br>Derniers ouvrages :<br>\u00ab\u00a0Hugo la po\u00e9sie contre le maintien de l&rsquo;ordre\u00a0\u00bb (Maisonneuve et Larose),<br>\u00ab\u00a0Au commencement, traduction de la Gen\u00e8se\u00a0\u00bb (Descl\u00e9e de Brouwer),<br>\u00ab\u00a0Spinoza po\u00e8me de la pens\u00e9e\u00a0\u00bb (Maisonneuve et Larose).<br>Sur la question des langues:<br>\u00ab\u00a0De la langue fran\u00e7aise, essai sur une clart\u00e9 obscure\u00a0\u00bb (Hachette, coll. Pluriel, 2001).<br>Publi\u00e9 dans le N\u00b0 66 (juin 2006) de la Linha Imaginot : linhaimaginot@gmail.com<br>Le Forom des langues est organis\u00e9 par le Carrefour culturel Arnaud Bernard : www.arnaud-bernard.net<br>\u00a9 CARREFOUR CULTUREL ARNAUD-BERNARD &#8211; carrefourculturel@arnaud-bernard.net DECLARATION-2006<\/p>\n<p><\/p>\t\t\t\t\t\t\t\t<\/div>\n\t\t\t\t<\/div>\n\t\t\t\t\t<\/div>\n\t\t<\/div>\n\t\t\t\t\t<\/div>\n\t\t<\/section>\n\t\t\t\t<\/div>\n\t\t","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Art. 1 Il y a d&rsquo;abord une sp\u00e9cificit\u00e9 \u00e0 reconna\u00eetre aux choses du langage. Cette sp\u00e9cificit\u00e9 fait qu&rsquo;on ne saurait simplement reporter sur ces questions le calque des d\u00e9clarations connues sur les droits des \u00eatreshumains et des collectivit\u00e9s. Se prononcer sur des droits suppose aussi de se prononcer sur des devoirs. L&rsquo;un et l&rsquo;autre pr\u00e9suppose [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"ocean_post_layout":"","ocean_both_sidebars_style":"","ocean_both_sidebars_content_width":0,"ocean_both_sidebars_sidebars_width":0,"ocean_sidebar":"0","ocean_second_sidebar":"0","ocean_disable_margins":"enable","ocean_add_body_class":"","ocean_shortcode_before_top_bar":"","ocean_shortcode_after_top_bar":"","ocean_shortcode_before_header":"","ocean_shortcode_after_header":"","ocean_has_shortcode":"","ocean_shortcode_after_title":"","ocean_shortcode_before_footer_widgets":"","ocean_shortcode_after_footer_widgets":"","ocean_shortcode_before_footer_bottom":"","ocean_shortcode_after_footer_bottom":"","ocean_display_top_bar":"default","ocean_display_header":"default","ocean_header_style":"","ocean_center_header_left_menu":"0","ocean_custom_header_template":"0","ocean_custom_logo":0,"ocean_custom_retina_logo":0,"ocean_custom_logo_max_width":0,"ocean_custom_logo_tablet_max_width":0,"ocean_custom_logo_mobile_max_width":0,"ocean_custom_logo_max_height":0,"ocean_custom_logo_tablet_max_height":0,"ocean_custom_logo_mobile_max_height":0,"ocean_header_custom_menu":"0","ocean_menu_typo_font_family":"0","ocean_menu_typo_font_subset":"","ocean_menu_typo_font_size":0,"ocean_menu_typo_font_size_tablet":0,"ocean_menu_typo_font_size_mobile":0,"ocean_menu_typo_font_size_unit":"px","ocean_menu_typo_font_weight":"","ocean_menu_typo_font_weight_tablet":"","ocean_menu_typo_font_weight_mobile":"","ocean_menu_typo_transform":"","ocean_menu_typo_transform_tablet":"","ocean_menu_typo_transform_mobile":"","ocean_menu_typo_line_height":0,"ocean_menu_typo_line_height_tablet":0,"ocean_menu_typo_line_height_mobile":0,"ocean_menu_typo_line_height_unit":"","ocean_menu_typo_spacing":0,"ocean_menu_typo_spacing_tablet":0,"ocean_menu_typo_spacing_mobile":0,"ocean_menu_typo_spacing_unit":"","ocean_menu_link_color":"","ocean_menu_link_color_hover":"","ocean_menu_link_color_active":"","ocean_menu_link_background":"","ocean_menu_link_hover_background":"","ocean_menu_link_active_background":"","ocean_menu_social_links_bg":"","ocean_menu_social_hover_links_bg":"","ocean_menu_social_links_color":"","ocean_menu_social_hover_links_color":"","ocean_disable_title":"default","ocean_disable_heading":"default","ocean_post_title":"","ocean_post_subheading":"","ocean_post_title_style":"","ocean_post_title_background_color":"","ocean_post_title_background":0,"ocean_post_title_bg_image_position":"","ocean_post_title_bg_image_attachment":"","ocean_post_title_bg_image_repeat":"","ocean_post_title_bg_image_size":"","ocean_post_title_height":0,"ocean_post_title_bg_overlay":0.5,"ocean_post_title_bg_overlay_color":"","ocean_disable_breadcrumbs":"default","ocean_breadcrumbs_color":"","ocean_breadcrumbs_separator_color":"","ocean_breadcrumbs_links_color":"","ocean_breadcrumbs_links_hover_color":"","ocean_display_footer_widgets":"default","ocean_display_footer_bottom":"default","ocean_custom_footer_template":"0","ocean_post_oembed":"","ocean_post_self_hosted_media":"","ocean_post_video_embed":"","ocean_link_format":"","ocean_link_format_target":"self","ocean_quote_format":"","ocean_quote_format_link":"post","ocean_gallery_link_images":"off","ocean_gallery_id":[],"footnotes":""},"categories":[1],"tags":[],"class_list":["post-293","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-non-classe","entry"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.declaration-langues-langage.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/293","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.declaration-langues-langage.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.declaration-langues-langage.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.declaration-langues-langage.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.declaration-langues-langage.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=293"}],"version-history":[{"count":3,"href":"https:\/\/www.declaration-langues-langage.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/293\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":744,"href":"https:\/\/www.declaration-langues-langage.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/293\/revisions\/744"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.declaration-langues-langage.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=293"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.declaration-langues-langage.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=293"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.declaration-langues-langage.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=293"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}